Le vélo comme moteur de transition

Le vélo comme moteur de transition

Nous avons souvent l’occasion de présenter le travail de Caminade à des politiques de tous bords, des militants de tous horizons… des individus divers et variés qui s’accordent tous sur le côté universel du vélo. Mais savent-ils que le vélo demeure le contre-pouvoir du capitalocène* ?

“ Le vélo est un objet technique social qui, dans l'échelle des valeurs reste sous un certain seuil compte tenu de sa faible valeur monétaire, mais aussi de sa valeur sociale et culturelle. Son atout réside dans sa capacité à suggérer une moralisation des déplacements, et plus largement une éthique de vie. “

Noël Jouenne, Qu’est-ce qu’un vélo ?

Le vélo et le capitalisme ont la même logique d’équilibre : avancer pour ne pas tomber. Ils partagent les mêmes composantes de l’idéologie libérale : individualisme, compétition et injonction de la mobilité. Pourtant entre 1918 et 1950, l’usage du vélo au quotidien va nous laisser du temps supplémentaire pour des activités de jardinage, de bricolage et d’évasion. Gain de temps qui a même permis, dans les années cinquante et soixante, l’éclosion de l’auto-construction de maison grâce au mouvement des Castors.

La voiture s’est ensuite généralisée dans les années 1970, d’abord le week-end et les vacances, puis par injonction sociale au quotidien en devenant LE vecteur d’un statut social. Mais permet-elle vraiment de gagner du temps ? Il faut travailler beaucoup plus pour se la payer, et financer via l’impôt les infrastructures indispensables à son usage. De plus, nous sommes en train de réaliser que cet accroissement de la vitesse a un coût climatique lié à l’énergie consommée et à la pollution induite lors de sa fabrication et de son utilisation : surtout quand on déplace 2 tonnes au service d’un seul individu.

On a beau "adorer la bagnole", nous devons réfléchir collectivement aux conséquences de son utilisation.

Les cyclistes et les automobilistes ne naviguent pas dans le même monde. Le vélo renferme une partie de nous-même en véhiculant des valeurs, une morale, une éthique qui sont différentes de la voiture. Le vélo peut avoir les avantages culturels de la voiture sans ses inconvénients sociétaux : se déplacer à vélo c’est vivre la microaventure des voyages du quotidien, accepter de ralentir… et profiter.

Mais nous devons veiller à ce que le vélo ne soit pas l’atout greenwashing du capitalisme. Il doit être fabriqué au plus près de l’utilisateur final, avec le plus possible de matériaux recyclés et même réemployés… et bien sûr permettre le transport des marchandises du quotidien musculairement et avec assistance dans le cas où la masse à transporter dépasse la moitié du poids du pédaleur, et avec freinage régénératif pour limiter l’impact des batteries indispensables. 

Nous avons montré en concevant le Multipath d’Ultima ( 1er vélo à avoir obtenu le label Origine France Garantie ) que la relocalisation était possible en s’appuyant sur des sous-traitants automobile en perte d’activité et des acteurs historiques de l’industrie du cycle qui ont tout deux osé se diversifier.

1695647312.374657867_683132647200362_340

Mais nous devons aussi nous assurer que les nouvelles infrastructures ou l’amélioration des existantes soutiennent son utilisation exponentielle, qu’elle soit dictée par des raisons écologiques ou économiques. Nous travaillons d’ailleurs aussi sur le choix des liaisons cyclables en utilisant l’existant, notamment auprès de Canigou Grand Site. Et nous œuvrerons à la bonne application du futur plan vélo départemental qui sera voté en octobre, et dont nous espérons les ambitions à la hauteur des budgets alloués.

Un filière industrielle du réemploi

Il faut savoir que 1.5 million de vélos sont jetés tous les ans en France : à l’échelle de notre département c’est 10.000 vélos. Presque 200 tonnes de matière première qui sont broyées, triées, avant d’être refondues : un gâchis énorme d’énergie et des émissions de CO2 qui peuvent être évitées en démontant les vélos pour garder à minima la structure métallique du cadre et les sous-ensemble encore fonctionnels. Notre idée ensuite est ( conformément à la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire) d’arriver à réemployer une grande partie de cette “matière première gratuite” avec l’aide d’au moins 20 emplois équivalent temps plein basés sur l’insertion professionnelle, les apprentis et les stagiaires de tous âges qui pourraient par exemple participer au développement de l’auto réparation en collège ou dans les maisons sociales.

  • Les Particuliers pourraient acheter ou louer un vélo cargo low cost.
  • Le Département fournirait à moindre prix le vélo indispensable aux bénéficiaires du RSA pour trouver un boulot, et aux enfants de l'aide sociale à l’enfance, pour accéder facilement à un loisir sain, outil de liberté.
  • Les Collectivités Locales respecteraient ainsi l’obligation d’intégrer 20% de vélos réemployés dans leurs marchés publics d’achat.
  • La Région sourcerait localement les vélos dont elle prévoit d’équiper les lycéens comme cela a été fait pour l'Ordi.
  • L’Etat qui prévoit une aide à l’achat ciblée sur le vélo recyclé et qui, comme dans l'automobile, va imposer aux réparateurs de proposer aux clients une pièce d’occasion en alternative à la pièce neuve, va devoir aussi normaliser le réemploi.
  • Sans oublier les entreprises privées comme Décathlon qui pourrait à la fois collecter et vendre le produit du réemploi, ou des sites spécialisés dans l'occasion qui pourraient proposer un B2B recensant les stocks de pièces d'occasions disponibles.

On parle bien là d'industrie locale, car ce modèle de double réemploi ( objets & personnes ) basé sur une économie sociale et solidaire doit être dupliqué partout... dont acte. 

1677841070.cargo.tranfo.png

 

 

* Le terme « Capitalocène », néologisme qui désigne l'ère géologique actuelle, présente l’avantage de reconnecter les développements du capitalisme et les révolutions industrielles britanniques aux transformations matérielles des paysages de la Terre, et d’ouvrir les potentialités des critiques du capitalisme. Il caractérise mieux les responsabilités passées, mais surtout futures, que le terme Anthropocène qui met tous les humains sur le même niveau de culpabilité vis à vis du réchauffement climatique et l'épuisement des ressources naturelles.

 

Pour aller plus loin... " Capitalisme et pulsion de mort"

par Gilles Dostaler & Bernard Maris

Krach financier, panique, fuite vers la liquidité : la crise qui entraîne aujourd’hui le monde vers son effondrement est comparable à celle des années trente, mue, à nouveau, par ce que Keynes appelait « le désir morbide de liquidité » et Freud, plus abruptement « la pulsion de mort ». Nichée au cœur du capitalisme, cette pulsion le pousse à détruire et à s’autodétruire. C’est entre le « mardi noir » et l’arrivée des nazis au Reichstag, que Freud, désabusé, découvre le rôle de la pulsion de mort dans la civilisation. Au même moment, Keynes, dont l’œuvre ne peut être comprise sans sa lecture permanente de Freud, traduit cette pulsion dans le désir insatiable d’argent. Cet ouvrage propose une lecture du capitalisme à travers le double prisme de Freud et de Keynes. Il dévoile comment ce tout jeune système au regard de l’histoire de l’humanité est porteur de menaces pour elle, par son simple désir de détruire et de mourir, et laisse entrevoir « l’au-delà du capitalisme ». Fruit de plus de dix ans de recherches de Gilles Dostaler et de Bernard Maris, il se trouve être, brutalement, d’une extraordinaire actualité.

Parution : 27/08/2023