C'est dimanche on sort Bobone.....

C'est dimanche on sort Bobone.....

Autant vous le dire tout de suite, on n'y est pas arrivé... voilà vous pouvez arrêter de suite et retourner vous entraîner, ce que j'aurais peut-être du faire plus sérieusement du reste avant d'envisager cette "gravel de fer" sur deux jours.

Remettons nous en situation, été indien prolongé, températures frôlant encore les 27° en journée, des moustiques partout....donc quand nous avons eu l'opportunité de partir deux jours avec Brice en "amoureux" (comprenez sans le nain) je me suis dit pourquoi pas une bonne sortie gravel avec nuit en refuge (plutôt qu'un hôtel spa, ou autre réjouissance aquatique beaucoup plus adaptée à mon état de forme en y réfléchissant bien....bref !), et pourquoi pas la "gravel de fer" dont j'avais été bénévole il y a deux ou trois ans, faisant le camion balai sur la nationale à 6h du mat, puis attendant les valeureux jusqu'à 23h pour les ravitailler.... étant données les conditions presque estivales jusqu'à jeudi dernier, je comptais sur une bonne sieste en plein soleil à Mariailles pour passer......cela ne s'est pas tout à fait passé comme ça, je vous raconte ?

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Coté préparation, aucun souci, Brice m'avait préparé un AllRoad titane aux petits oignons, avec ma selle Brooks fétiche (la seule que je supporte en fait....), et surtout de jolies sacoches de fourche. Dans la première, j'ai pu glisser tout mon nécessaire pour se faire belle pour la soirée en refuge.....comprendre : un pantalon de ski de fond bien chaud, un manche longue en mérinos (je ne porte que cela, été comme hiver, un peu comme Serge Barnel, sauf que moi j'ai du rechange lol) des chaussettes également en mérinos et l'indispensable doudoune....dans l'autre, un collant long et molletonné, des gants de ski de fond (j'aime bien ça en effet), et au dernier moment glissés à la va-vite, des sur-gants moufle coupe vent, on ne sait jamais ! en effet.....

J'avais ensuite deux sacoches supplémentaires et prototypes by Caminade : une sacoche de cadre et une de selle. Validées !! dans celle sous la selle j'ai pu glisser facilement ma veste imperméable, en accès rapide, sur celle du cadre, mon ravito pour la journée plus les extras (saucisson et cacahuètes du salé miam miam), mon téléphone, des gants de rechange, mon bandeau, et l'argent, oui c'est moi qu'on sort, mais c'est aussi moi qui paye....c'est pas si facile d'être une femme libérée, et cela va se vérifier !

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Un départ tout tranquille, Brice m'ayant prévenu qu'il fallait tenir sur la durée (c'est vrai je ne suis pas trop habituée à ce genre d'effort long...il croit vraiment qu'il sort bobone en fait), ne pas hésiter à monter les pignons sans forcément en garder de réserve histoire de ne jamais se cramer....le ciel est (presque) dégagé, on voit le Canigou, bien bien blanc, mais on s'en fout on n'y va pas (on aurait par contre pu se cacher sous les draps comme nous y invitait Bénabar), les pistes ayant été mouillées par la bonne pluie de la veille accrochent bien comme il faut, mais pas boueuses. Jusqu'au Col del Torn, ça passe presque crème c'est du déjà vu pour moi et comme on n'est pas partis vite, tout va bien....2h pour y arriver et premier ravito au doux son des fusils et chiens hurlants....dans la descente on fait bien bien gaffe, malgré nos gilets Mavic orange, des fois qu'ils veuillent s'entretuer. Ils sont partout (ou plutôt nous traversons plusieurs battues) avec des coups de feux qui résonnent et sont amplifiés par les parois rocheuses qui nous entourent....un peu flippant tout de même.

A Taurinya bonne portion de route qui serpente sur 7-8km. Nous hésitons à nous arrêter à Fillols au Café de l'Union pour boire chaud, mais décidons de pousser jusqu’à Vernet, on sera au pied de l'épreuve finale du jour : 15km de montée d'abord goudronnée puis pourrie, parfois bétonnée, défoncée par les récentes grosses pluies, bref du bonheur pour nos fessiers (enfin surtout le mien). Nous jetons donc notre dévolu sur la boulangerie du village qui propose des boissons chaudes et surtout le pavé montagnard, petite bombe énergétique aux noisettes, dont l'énergie sera appréciable dès que nous serons repartis....

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On repart donc, il est 10h30, et on monte la route en lacets qui va nous emmener gentiment au col de Jou. Ça commence à tirer un peu sur les cuissots, mais mis à part cela, aucune douleur à la selle, ni sensation de froid, il faut dire que pour l'instant le temps s'est bien couvert, mais reste stable.....cela ne va pas durer. Après Casteil, la pluie commence à tomber finement, mais quand même bien régulièrement, et moi qui déteste...euh je corrige, moi qui n'envisage même pas de sortir le vélo quand il pleut ou menace de le faire....eh bien je continue à monter, encouragée en cela par Brice qui me dit que plus on va monter, et plus la pluie a des chances de se transformer en neige....cela aurait du m'intriguer un peu, mais pas plus que ça finalement (erreur). Juste avant le col, nous devons mettre les vestes imperméables je retire donc tout le reste pour ne plus avoir que mon haut mérinos et ne pas me tremper de transpiration (même si tout le monde sait qu'une princesse ne transpire jamais...), et la pluie est ma foi, mêlée de neige donc.....un camion Lozérien nous double, la passagère nous encourage et nous félicite, et nous les retrouvons 5' plus tard sur le parking, ils pensaient pouvoir aller jusqu'à Mariailles par une route goudronnée car leurs deux enfants voulaient toucher la neige, et ils se retrouvent à devoir les occuper toute une journée de pluie dans un camion, je me demande qui sont les plus courageux entre eux et nous....

Petit arrêt saucisson au col, sous le mini abri et sous la mi-pluie mi-neige, mais toujours pas froid....on repart sur la route transformée en piste pourrie et défoncée sur les premiers hectomètres et qui grimpe, qui grimpe ! je pense y avoir laissé une bonne partie de mon énergie car 1km après, je serai à pieds complètement dépitée par la situation.....dans ma mini crise d'angoisse, je me dis qu'on ne va jamais y arriver, les conditions vont certainement s'empirer et surtout j'ai peur que Brice subisse le froid, on peut dire sans que j'en prenne ombrage que, m'attendant, il ne va pas tout à fait à la vitesse à laquelle son corps est habitué à fonctionner, et que donc il n'est pas réchauffé comme moi (qui suit un peu au bout de ma vie à ce moment là en plus). Il me rassure en me disant qu'il va très bien, qu'il se régale, mais que si on veut abandonner, autant le faire maintenant ! Psychologie de bourrin pour une bourrine et ça marche....on repart !

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De par ma petite expérience de l'effort de longue durée, je suis habituée à ces fluctuations de motivation durant une épreuve, à des moments on a une patate d'enfer, à d'autres on a juste envie que ça s'arrête, pour peu qu'on croise un chasseur en train de cloper dans son 4x4 on échangerait sa place contre la notre (il serait surpris), à d'autres on pense à la famille, amis qui sont au courant de ce que l'on tente (et ne manqueront pas de nous chambrer si on renonce...enfin pas trop quand même j'ai ma fierté et pas trop bon caractère), parfois on a la trouille tout simplement, ou encore un trop trop plein d'émotions qui nous tire les larmes..... je cherche ces sensations, plus psychologiques que physiques dans mon effort (peut-être tout simplement que parce que physiquement je n'ai que deux modes : "normal je gère façon tortue" ou "la tortue est au bout de sa vie", forcément c'est moins varié.....), et on peut dire que j'ai été bien gâtée aujourd’hui encore !

Passé ce petit moment de faiblesse (et avec l'aide de cacahuètes bien salées, il est quand même près de midi....) je suis reboostée et me dis qu'on a pas fait tout ça pour rien..... Même si on marche, on avance bien, et de toutes façons, j'ai trop mal aux jambes pour pédaler, je bute sur la moindre pierre et manque de me fiche par terre (n'oublions pas qu'il commence à y avoir de la neige par terre....détail...). On arrive en mode rando pédestre à Mariailles à 13h, la couche de neige fait 5cm et on trouve de suite le refuge non gardé pour y déjeuner à l'abri. Durant le repas (agrémenté de cacahuètes pour moi), se déclenche une chute un peu plus importante, de gros flocons tombent sans discontinuer, et même si nous ne trainons pas, on se ré-équipe en rajoutant une couche et en protégeant nos têtes par les capuches des vestes sous le casque (trop stylé), quand nous ressortons, aucune trace de nos traces justement.... selon les panneaux indicateurs, il nous reste 4.8km d'ici le Pla Guillem, et moins de 15 pour le refuge des Conques, mais il y a quand même beaucoup de neige et elle continue de tomber.....

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On décide d'un commun accord de monter un peu plus haut pour décider si on peut passer, on ne parle plus là d'abandon (aucune fatigue physique ne se fait sentir pour ma part, en mode "tortue je gère"), d'autant que le retour sera long, (hors de question de venir se faire récupérer et ne pas rentrer par nos propres moyens), on parle de raison... on commence la dernière ascension, en mode poussée de vélo on commence à en avoir l'habitude. Mais si juste avant le repas nous n'avions aucune sensation de froid, autant là les doigts de mains sont gelés pour touts les deux, nous changeons de gants, mettons les sur-gants (idée de dernière minute de génie), il y a 20cm de neige sous nos roues, on commence à avoir les pieds pleins de neige, les roues sont coincées donc on tire un peu les vélos bref régalade quoi ! Après 20' de ce régime j'estime mentalement notre montée à environ une heure trente pour arriver sur le Pla, puis une heure pour le franchir dans le meilleur des cas (c'est à dire si la neige s'arrête et qu'il n'était pas trop tombé jusque là) et Brice me dit qu'on ne pourra pas descendre sur les vélos jusqu'au refuge à cause de la neige.....what ?!!

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Malgré le passage d'un chevreuil devant nous (oh joie !), nous décidons donc ensemble de rebrousser chemin, on ne prend plus de plaisir en étant gelés, et la neige masquant les irrégularités de la piste, je n'exclue pas une entorse ou autre bobo qui pourrait devenir très problématique avec ce temps.....il est presque 14h c'en est fini de la "gravel de fer" mais l'aventure n'est pas finie...loin de là !

On redescend d'abord en poussant les vélos comme en montée, mais rapidement cela nous gave. On décide donc de monter dessus, malgré la séance de trial qui s'annonce.....on va finalement passer un bon moment de pilotage de 1800m à 1100m avant de retrouver la route goudronnée.....nous sommes quand même gelés, les pieds sont maintenant trempés également, les doigts ne se réchauffent pas (trop cool le freinage et la tenue du cintre), et avec la descente je me dis que je mettrais bien une couche de plus, mais c'est Brice qui a ma veste dans sa grosse sacoche de selle et il ne faut plus qu’il s'arrête il est congelé. En revenant sur la petite route, je comprends l'intérêt de la grosse sacoche de selle ( du moins plus grosse que celle que j'ai), en deux minutes j'ai le cuissard trempe...

S'en suit une course effrénée et sans intérêt par la nationale (beurk...) de Vernet à Ille, les doigts de nos mains ne se réchaufferont qu'à Rodès, quant aux pieds, j'ai pour ma part attendu 30' que le sang y revienne avant d'aller prendre la douche....

Alors oui nous ne sommes pas allés au bout de cette aventure, mais avec cette (malgré tout) jolie sortie, je retiendrai que nous avons aujourd'hui appris à faire demi-tour, et ce avant que la situation ne devienne problématique, chose que j'ai d'habitude beaucoup de mal à faire....et l'aventure a continué dans la descente et le retour de toutes façons puisque sans entraînement ou presque j'ai quand même réussi à m'enquiller 95km et 2300m positif, et passer une journée dans des conditions "légèrement" éprouvantes...Merci Brice et merci mon Caminade !

Texte - Hélène EPAILLY

Photos - Brice EPAILLY

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Parution : 28/10/2018

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